018__3_Bien qu’ayant quitté la Tunisie depuis quelques semaines après y avoir vécu pendant trois ans, je ne peux que réagir aux évènements qui viennent de se dérouler dans le pays.

Pendant des jours, devant le bain de sang provoqué par les forces de l’ordre à l’égard de manifestants certes déterminés mais avant tout pacifistes, j’ai pleuré et au fond de mon cœur réclamé l’arrêt du massacre. Hier aussi j’ai pleuré, mais de joie en apprenant non pas le départ, mais la fuite du Président Ben Ali.

Le peuple tunisien, asservi depuis plus de 20 ans a su mener à bien une révolution qui est une leçon pour tous les autres pays, notamment en Afrique. Oui avec détermination et sans violence on peut amener un dictateur a quitter le pouvoir !

De nombreuses images et conversations me sont revenues. L’omniprésence de la police et les contrôles incessants, je n’ai jamais vu une population être obligée de montrer ces papiers aussi souvent….les coups portés par les forces de l’ordre envers des jeunes qui resquillaient dans les transports en commun…. tous ceux qui me disaient lorsque je leur donnais ma nationalité « la France, le pays de la liberté »… tous ceux qui me déclaraient vouloir quitter le pays vers un ailleurs plus libre…les réactions après les dernières élections triomphantes de Ben Ali et un chauffeur de taxi qui souhaitait s’abstenir mais avait été contraint par les policiers de se rendre au bureau de vote ….d’autres chauffeurs de taxi encore qui lorsque mon trajet m’obligeait à passer devant le palais présidentiel me demandaient si on pouvait faire un détour, parce que cela ne se faisait pas de passer là trop souvent, c’eaitt suspect….Tout ça bien sûr discrètement et en étant sûrs de ne pas être entendu par la police.

Deux anecdote  qui en disent long sur ce qu’endurait les tunisiens : pendant les mois qui ont suivi notre arrivée, sans voiture, il nous est souvent arrivé d’en louer une pour le week-end. Mon mari, français au teint mat, ne pouvait prendre le volant sans être arrêté pour un contrôle d’identité. Dès qu’il ouvrait la vitre en répondait avec un français sans accent au policier, la situation devenait plus simple et comme le mot d’ordre était de ne pas ennuyer les touristes, nous repartions au bout de 30 secondes. Mais être arrêtés 4 fois entre la maison à Carthage et le centre de Tunis dénonce bien la pression à laquelle était soumise les tunisiens en permanence.

Autre lieu, le train de banlieue reliant les quartiers nord à Tunis. Altercation entre des jeunes et des contrôleurs. Le ton monte (on est de l’autre côté de la Méditerranée) et là, interviennent 2 voyageurs apparemment anonymes…des policiers en civil ! ! !  Ces derniers étaient plus nombreux que ceux en uniformes, c’est peu dire !

Et le coût de la vie… Il faut savoir que le salaire moyen actuel est de l’ordre de 400 dinars. Le coût d’un mouton pour l’Aïd dépasse et de loin un salaire mensuel ! Que de sacrifices pour les familles pour pouvoir célébrer la plus grande fête de l’Islam !

Et ne parlons pas de la censure, pendant 3 ans impossible de se connecter à You Tube ou de lire Libé autrement que sur Internet…

C’est ce que j’ai vu en tant qu’européenne, donc intouchable.

Hier soit, sur France 2, Serge Moati disait que le peuple tunisien est un peuple doux. J’ajouterais sans méchanceté, un peu lent également… Mais lorsque la coupe est pleine, cela conduit à ce que l’on vient de voir.

Ce que j’en retiens c’est vraiment une très forte leçon de dignité et une marche déterminée vers la démocratie par un peuple qui se reprend en charge courageusement.

Tunisiens, je vous admire et je vous souhaite bonne chance pour aller vers l’avenir sur le chemin que vous avez librement choisi, malgré toutes les difficultés rencontrées.

D'ici 2 à 3 semaines, les mimosas vont fleurir partout dans le pays. C'était ma saison préférée. Que cette année elle symbolise vraiment le renouveau.